Les données japonaises pourraient peser sur Bitcoin après le choc des obligations françaises
Les données commerciales de Tokyo pourraient montrer si les investisseurs japonais réduisent plus largement leurs obligations étrangères, avec le yen carry trade comme possible relais vers Bitcoin et Ethereum.

À retenir
- Un fonds japonais a vendu toutes ses obligations d’État françaises et a réinvesti les fonds dans des obligations allemandes et de la dette japonaise à court terme.
- Le Japon publiera jeudi de nouvelles données commerciales qui doivent montrer si les investisseurs japonais vendent plus largement des obligations étrangères.
- Ces chiffres sont pertinents pour Bitcoin et Ethereum, car les chocs liés au yen ont déjà provoqué une pression vendeuse sur la crypto.
Un fonds japonais a vendu toutes ses obligations d’État françaises, alors que le marché obligataire français est sous pression. Jeudi, le Japon publiera de nouvelles données qui doivent montrer s’il s’agissait d’une décision isolée ou d’une partie d’un mouvement plus large de ventes de la part des investisseurs japonais. Pour Bitcoin et Ethereum, c’est pertinent, car les chocs précédents autour du yen se sont aussi rapidement répercutés sur la crypto. La combinaison de taux japonais plus élevés et d’un yen plus faible entretient également les inquiétudes macroéconomiques plus larges, comme l’a déjà montré la récente hausse des rendements obligataires japonais.
Dette française et ventes japonaises
Shinji Kunibe, qui dirige l’équipe obligataire mondiale chez Sumitomo Mitsui DS Asset Management, a vendu toutes les obligations d’État françaises de son fonds. Les fonds ont été réinvestis dans des obligations allemandes et de la dette japonaise à court terme. La taille de la position n’a pas été communiquée.
Le calendrier est sensible. La France affiche une dette d’environ 119% de sa production économique annuelle et a payé la semaine dernière un rendement à 10 ans de 4,96%, son plus haut niveau depuis 2002. Dans le même temps, le pays a vendu le 1er octobre pour environ 12 milliards d’euros d’obligations à long terme, avec des offres environ deux fois plus élevées. Cela montre qu’il existe encore de la demande, mais aussi que les investisseurs regardent les finances publiques françaises avec davantage de prudence.
Ce que le Japon montrera jeudi
Le ministère japonais des Finances publiera le 8 octobre à 8h50, heure de Tokyo, les données commerciales hebdomadaires. Elles couvrent les plus grandes banques, compagnies d’assurance et fonds du pays. Le dernier rapport, qui s’est terminé le 26 septembre, faisait déjà état de ventes nettes d’obligations étrangères : 684,5 milliards de yens en une semaine et 1,9 billion de yens la semaine précédente.
Les données ne mentionnent pas la France séparément. Tout est regroupé sous la catégorie des obligations étrangères dans son ensemble. La nouvelle publication pourra donc montrer si les acteurs japonais réduisent plus largement leur exposition au risque, mais pas directement quelle part provenait spécifiquement d’obligations françaises.
Pourquoi la crypto écoute
Le lien avec la crypto passe par le yen carry trade. Pendant des années, les investisseurs ont emprunté à bas coût en yens pour acheter ailleurs des actifs offrant un rendement plus élevé. Si le yen s’apprécie rapidement, ces emprunts deviennent plus coûteux et peuvent déclencher des ventes sur d’autres marchés.
Ce mécanisme s’est aussi manifesté en août 2024, lorsqu’une hausse inattendue des taux de la Banque du Japon a fortement fait monter le yen et a fait passer Bitcoin d’environ 62 000 dollars (55 200 euros) à 49 000 dollars (43 700 euros) en une semaine environ. La banque centrale est ensuite intervenue avec une intervention sur le yen de 35 milliards de dollars signalée, ce qui a encore soutenu la devise et renforcé les craintes d’un dénouement plus large des carry trades. Bitcoin s’échangeait dimanche autour de 85 363 dollars (76 000 euros), tandis que le marché attend les chiffres japonais de jeudi.